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Sur la tranquillité et la sécurité avec Massar N’Diaye 1/2

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Des membres de notre collectif étaient présents lors de la réunion sur la tranquillité et la sécurité publique organisée le 23 avril dernier salle Lucie et Raymond Aubrac, au coeur du quartier de la Fontaine d’Ouche à Dijon. Il y avait « du beau monde » : des élus comme Laurent Bourguignat, Franck Ayache ou Colette Popard et d’autres « personnalités » comme Patrick Tite, le directeur de la désormais célèbre Association Grand Dijon Médiation. La réunion fut, c’est le moins que l’on puisse dire, animée. Qu’en a pensé Massar N’Diaye qui lui aussi était présent ? Premier volet d’un échange où il se montre parfois dubitatif sur le fond des débats.

Qui est Massar N’Diaye ?

Pour celles et ceux qui le croisent, il est d’abord élu au Conseil départemental pour la canton de Dijon 6. Avec Céline Maglica, également conseillère du canton, il a lancé en Mars dernier une commission citoyenne au titre du Fonds d’Aide à la Vie Associative. Mais quel est la parcours de l’interviewé du jour ?

Massar N’Diaye est arrivé dans le quartier de la Fontaine d’Ouche à l’âge de 8 ans et y a passé toute sa scolarité. Après la baccalauréat, il a entamé un cursus à l’Université de Bourgogne en management et gestion d’entreprise. « Monté » à Paris pour finaliser ses études il est aujourd’hui titulaire d’un DESS « responsable de projet formation développement ». Après 4 années dans la capitale, il décide de rentrer à Dijon où il évolue actuellement en tant que chargé de mission dans un Organisme Paritaire Collecteur Agréé (OPCA) visant à collecter les obligations financières des entreprises en matière de formation professionnelle.

En 2008, à son retour à Dijon, il fonde l’association Dijon Fontaine d’Ouche média 21 afin de promouvoir les quartiers populaires. Il est également fondateur et président d’une seconde association, la Fabrique Citoyenne.

Dijon-actu.fr : Jugez-vous positive l’initiative mise en place pour organiser ces trois réunions publiques ?

Massar N’Diaye : « Échanger autour du rôle des polices municipales et nationales est un exercice délicat tant les citoyen.ne.s ont une relation passionnée avec ces dernières. Elle peut être aussi bien synonyme de rejet que d’adoration.

Ceci étant ces réunions sont avant tout une action pédagogique visant à préciser les compétences de la police municipale et la police nationale : le tout renforcé par l’action judiciaire du procureur de la république.

Maintenant, comme j’ai pu l’observer, la tentation de stigmatiser les quartiers n’est jamais très loin. Et dans cette dynamique, on y voit une surenchère de l’insécurité qui peut parfois être confondue avec incivilité et sentiment d’insécurité ».

D-A : Le public présent reflétait-il la population du quartier de la Fontaine d’Ouche ?

M-N’D : « Très clairement non. La thématique retenue pour cette réunion publique a plutôt attiré les habitants de la Fontaine d’Ouche et d’autres quartiers qui sont dans l’ensemble insatisfaits de la politique municipale en matière de tranquillité publique (rodéos, …) et de la police nationale (accueil des citoyens pour le dépôt de plaintes, la non intervention de la police suite aux appels téléphoniques, …) pour ce qui relève de la sécurité.

J’en veux pour preuve la non-présence de jeunes à cette réunion. Une jeunesse définie comme responsable des maux de la Fontaine d’Ouche par les participants. Il est vrai que dans les quartiers populaires, tout comme dans d’autres sphères (comme l’ont montré les récents évènements d’évacuation des universités) il existe une tension historique entre les jeunes et la police.

Une histoire que l’on peut retracer à travers les différents mouvements sociaux des quartiers avec une rivalité parfois construite et sur-jouée à des fins électoralistes et partisanes.

A ce titre, la tournure politique qu’a pris cette réunion fût plutôt désagréable. Car la sécurité des citoyen.ne.s n’est pas une question partisane mais bien d’intérêt général où chaque citoyen.ne.s doit pouvoir prendre sa part et contribuer à sa mise en œuvre.

Il est regrettable de construire une politique de tranquillité publique et/ou de sécurité sans entendre cette jeunesse et ses besoins ».

D-A : Qu’avez-vous pensé, sur le fond, de la réunion de lundi 23 avril dernier ?

M-N’D : « Sur le fond, ce type de réunion n’a pas été convaincante malgré sa pertinence pédagogique. En effet, la sécurité et la tranquillité publique ne peuvent être traitées sans considérer les déterminants sociaux et économiques d’un territoire. Et à ce jeu, la stigmatisation d’une population et d’un quartier devient chose facile.

Par ailleurs, de nombreux citoyens de la Fontaine d’Ouche pourraient être surpris des statistiques en matière de sécurité et de tranquillité publique comparées à d’autres quartiers de Dijon.

Cependant, celles-ci ne doivent aucunement occulter les difficultés rencontrées sur le quartier. Mais la condition sociale d’un quartier est un facteur déclencheur d’une instabilité relationnelle entre l’ordre et le citoyen.

Depuis de nombreuses années, j’interpelle pour une politique de peuplement repensée à la Fontaine d’Ouche nouvelle car la mixité culturelle n’est pas la mixité sociale. Aujourd’hui, nous devons redonner espoir à toute une population sur ce que la société peut leur offrir de meilleur.

Le contrat de ville dont fait l’objet le quartier de la Fontaine d’Ouche démontre que 40% de la population du cœur de la Fontaine d’Ouche vit sous le seuil de pauvreté dont 28% après redistribution des aides sociales. Comment voulez-vous que ces personnes qui côtoient d’autres personnes en situation de précarité puissent espérer en la société ? Comment dire à cette jeunesse que tout ira mieux lorsqu’ils subissent une discrimination à l’embauche, au logement ? Comment dire à ces jeunes de s’investir durablement lorsqu’il leur devient impossible de trouver un stage ou un job d’été ?

La question de la sécurité et de la tranquillité publique est un défi où les responsabilités individuelles et collectives sont co-engagées. J’ai récemment initié une réflexion pour laquelle j’invite chaque citoyen à venir partager ses idées pour faire de la Fontaine d’Ouche un quartier d’avenir.

En effet, bien que le quartier ait évolué au cours de ces 50 derniers années (quartier sorti de terre à quartier prioritaire de la ville en 50 ans !), je le répète, à la Fontaine d’Ouche il y fait bon vivre.

Nous disposons d’atouts formidables (infrastructures sportives et culturelles), un environnement naturel d’exception (Lac Kir, parc de la combe à la serpent, promenade du petit-ruisseau) et un quartier où la jeunesse sera demain le fer de lance de notre pays ».

Suite des échanges demain dans notre second volet.

Propos recueillis par le collectif dijon-actu.fr

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