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Sur la tranquillité et la sécurité avec Massar N’Diaye 2/2

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Suite de notre échange avec Massar N’Diaye qui évoque avec nous son ressenti sur la réunion tenue le 23 avril dernier salle des époux Aubrac dans le quartier de la Fontaine d’Ouche à Dijon. Les présent-e-s étaient venu-e-s écouter et échanger avec la première adjointe au Maire Nathalie Koenders, le procureur de la république Eric Mathais et le Directeur départemental de la sécurité publique Thierry Allende. Largement couverts par infos-dijon.com, ces échanges ont été parfois houleux. Au programme aujourd’hui avec M. N’Diaye : le 14 juillet, le furtif commissariat et la vision un peu « catastrophiste » donnée du quartier par cette réunion.

Qui est Massar N’Diaye ?

Pour celles et ceux qui le croisent, il est d’abord élu au Conseil départemental pour la canton de Dijon 6. Avec Céline Maglica, également conseillère du canton, il a lancé en Mars dernier une commission citoyenne au titre du Fonds d’Aide à la Vie Associative. Mais quel est la parcours de l’interviewé du jour ?

Massar N’Diaye est arrivé dans le quartier de la Fontaine d’Ouche à l’âge de 8 ans et y a passé toute sa scolarité. Après la baccalauréat, il a entamé un cursus à l’Université de Bourgogne en management et gestion d’entreprise. « Monté » à Paris pour finaliser ses études il est aujourd’hui titulaire d’un DESS « responsable de projet formation développement ». Après 4 années dans la capitale, il décide de rentrer à Dijon où il évolue actuellement en tant que chargé de mission dans un Organisme Paritaire Collecteur Agréé (OPCA) visant à collecter les obligations financières des entreprises en matière de formation professionnelle.

En 2008, à son retour à Dijon, il fonde l’association Dijon Fontaine d’Ouche média 21 afin de promouvoir les quartiers populaires. Il est également fondateur et président d’une seconde association, la Fabrique Citoyenne.

Dijon-actu.fr : Des réponses pertinentes -aux interrogations des habitants du quartier- ont-elles été apportées?

Massar N’Diaye : « Sur ce point, je crois que beaucoup de citoyens sont sortis frustrés de cette réunion bien que l’objectif fût à n’en pas douter d’informer de l’action municipale et de l’État sur la sécurité au sens large des citoyens. Il était ainsi impossible d’imaginer obtenir des réponses sur les gênes et les violences que peuvent rencontrer les habitant.e.s de Dijon.

Cette frustration tient au décalage entre l’objectif visé par cette réunion et les attentes des citoyen.ne.s.

L’emploi de nombreux éléments de langage « Faites-nous confiance », « Nous investissons dans votre sécurité »,… n’est pas suffisant lorsqu’on vit des situations depuis de nombreuses années sans voir les choses s’améliorer. Elles deviennent même inaudibles lorsqu’au quotidien les citoyen.ne.s ont l’impression de crier haut et fort leurs difficultés sans savoir où aller.

Je trouve, par ailleurs, dommage d’avoir tenté de manipuler les évènements terroristes nationaux pour tenter d’expliquer ce besoin de confiance en la Police.

Les habitants de la Fontaine d’Ouche ont confiance en la Police et celle-ci sera d’autant plus forte et partagée lorsque le sentiment de sécurité sera revenu. Et celui-ci sera le fruit d’une politique globale.

Par ailleurs, l’investissement opéré au niveau de la municipalité en matière de tranquillité publique (réorganisation des services, recrutement de nouveaux policiers municipaux, un centre de supervision urbain fonctionnant 24h/24h avec 110 caméras, …) est certes reconnu. Il doit pouvoir être renforcé pour des résultats encore plus forts ».

D-A : La réunion n’a-t-elle pas débouché sur une présentation « catastrophiste » du quartier ? (Il n’est certes pas question de nier les problèmes)

M-N’D : « Lorsqu’une réunion attire les insatisfaits et qu’elle prend par moments des tournures politiques, il est difficile d’en sortir par le haut. Cela est d’autant plus vrai si elle n’intègre pas dans sa réflexion l’ensemble des sujets déterminants le niveau de tranquilité publique et de sécurité d’un territoire.

Dire qu’il n’existe pas de problèmes à la Fontaine d’Ouche serait mensonger. Oui, nous connaissons des incivilités citoyennes et routières, oui il existe des violences sur personnes et des dégradations de biens matériels.

Mais ne sur-jouons pas ! Regardons en face collectivement les difficultés et encourageons tous les habitants de la Fontaine d’Ouche qui se lèvent pour travailler, les élèves, lycéen.ne.s et étudiants qui réussissent, le corps enseignant pour son dévouement et son action, les associations qui œuvrent au quotidien, les entreprises qui ont fait le choix de s’installer à la Fontaine d’Ouche, ou encore tout le corps soignant (médecin, infirmier.e.s, aide-soignant,…). Je n’oublie pas tous les habitant.e.s qui par leur activité bénévole et parentale contribuent au bien-vivre ensemble.

Nous sommes le vecteur de notre espace de vie. Et lorsque nous le traduisons en des termes négatifs n’attendons pas un retour positif !

Enfin, je pense que l’action combinée des différentes polices et de la justice doit être le but recherché. Car protéger le citoyen c’est aussi protéger celui qui se met en danger en étant hors-la-loi.

Nos politiques territoriales doivent dorénavant développer une action de la prévention spécialisée forte complétée par une médiation ad’hoc.

Il serait faux de penser que la médiation est une solution à elle seule car elle est attachée à une situation conflictuelle existante. Créons les moyens pour limiter l’apparition de celle-ci ».

D-A : Le 14 juillet a pas mal fait parler. Vous qui êtes du quartier, qu’en pensez-vous?

M-N’D : « Cette fête républicaine caractérisée par les feux d’artifices fait l’objet de débordements qui peuvent mettent en danger les citoyen.ne.s dont leurs auteurs. Une situation que connaissent de nombreux quartiers et qui, faute d’actions correctives et punitives, s’est développée. Le rétroviseur est un outil indispensable lorsque l’on veut analyser une situation.

La Direction Départementale de la Sécurité Publique justifie donc le déploiement des CRS, le 14 juillet. Dont acte. Et, je suis d’accord sur le principe et s’il doit y avoir sanction que celle-ci s’exécute.

Néanmoins, il faut revenir à des choses apaisées et le discours déroulé n’a pas été à la hauteur. Il est bon de demander la confiance aux citoyen.ne.s et une aide mais celle-ci restera lettre morte si on infantilise les habitant.e.s du quartier de la Fontaine d’Ouche.

Parler de « guérilla » et « demander aux gens de rentrer chez eux » n’est pas le propos le plus adapté ni même le mieux imagé. Ce qui a logiquement conduit la salle à protester.

Par ailleurs, deux interpellations de jeunes de la Fontaine d’Ouche suffisent-elles à déterminer que l’ensemble des individus présents sont des jeunes de la Fontaine d’Ouche. Je crois là aussi qu’il y a eu une maladresse qui mériterait d’être corrigé.

Je le répète la responsabilité individuelle se complète avec la responsabilité collective. Les 2 fonctionnent de pair ».

D-A : Etait-ce une bonne chose d’ouvrir (en grandes pompes) un poste de police à la Fontaine d’Ouche?  « Fermer un poste de police pour concentrer les effectifs ailleurs » vous semble-t-il un argument pertinent? 

M-N’D : « Avec le recul nous pouvons toujours repenser certaines décisions. Mais les différentes réformes menées par l’Etat notamment de 2002 à 2012 n’ont pas favorisé le déploiement de la police sur les territoires.

A la Fontaine d’Ouche, le commissariat aurait pu avoir une fonction.

Il aurait pu être ce symbole de la République dans un quartier devenu quartier prioritaire de la ville comme certains citoyen.ne.s le voulaient. Mais, si je suivais cette logique, les chiffres auraient démontré que la Fontaine d’Ouche était statistiquement moins propice à l’insécurité que d’autres quartiers.

Je crois surtout qu’il aurait pu devenir un service de proximité. Il aurait ainsi pu contribuer à l’apaisement de situations dangereuses et conflictuelles et agir sur les individus.

Mais la politique du chiffre a conduit à réduire les effectifs et à considérer que la Fontaine d’Ouche n’avait pas besoin ou plus besoin de commissariat de police. Mais en l’état est-ce raisonnable de demander à quelques fonctionnaires de couvrir un territoire qui peut aller de Fontaine d’Ouche à Chenôve à faible effectif ?

La sécurité n’est pas une question de chiffres, elle concerne des femmes et des hommes. Elle comporte une part d’humain qu’il est impossible de mesurer quantitativement. Aussi, toute politique dictée par la seule volonté des chiffres est vouée à l’échec. Nous le constatons aujourd’hui dans de nombreux quartiers de France.

Il y a ainsi dans les chiffres des décisions incompréhensibles : Comment peut-on déterminer un quartier comme prioritaire et lui enlever des moyens en termes de sécurité, d’accompagnement vers et dans l’emploi,… ?

La police est un élément indispensable à notre nation mais elle ne saurait à elle seule résoudre les maux de notre économie et de de notre société.

La police dans les quartiers est un sujet vieux comme le monde. En tant qu’habitant de la Fontaine d’Ouche, j’ai vécu avec l’image de l’ordre et de la sécurité qu’elle représentait. Mais elle ne pourra jamais apporter des réponses aux raisons qui fragilisent nos quartiers : la pauvreté, le chômage, la précarisation, les discriminations, …

Il y a dans cette question une réflexion que l’on doit pousser plus loin. Elle est celle de la définition du service public : Peut-on soutenir une politique de baisse du déficit de l’Etat et s’alarmer du manque d’efficacité des services de l’Etat ?

De nombreux politiques doivent prendre leurs responsabilités et assumer leurs échecs nationaux. Des échecs qui ont eu des répercussions locales.

Et ce débat est celui que nous avons aujourd’hui avec la SNCF et nos cheminots ou encore notre service de santé avec nos infirmières et nos aides-soignant.e.s ».

Propos recueillis par le collectif dijon-actu.fr

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