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Pourquoi nous sommes contre la sélection à l’Université 1/2

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Les assemblées générales se multiplient depuis des semaines sur le campus, organisées par les étudiants dijonnais qui luttent contre la mise en place de la sélection à l’Université. Elles vont probablement se poursuivre.

Il ne s’agit pas, dans nos deux articles proposés ici, de faire doublon avec les arguments souvent très justes avancés par celles et ceux qui sont directement concerné-e-s mais de proposer la vision de « vieux » qui mettent désormais les pieds sur le campus davantage pour couvrir l’actualité des grognes étudiantes ou pour aller consulter l’un des nombreux ouvrages ou mémoires disponibles dans le riche fond documentaire proposé par les bibliothèques de l’UB.

La sélection à l’université est une mauvaise solution qui se double d’une injustice. Une solution de facilité qui dit vouloir « régler » des dysfonctionnements qui ne sont en réalité que les conséquences d’un entonnoir de problèmes qui sont aussi ceux du système éducatif français.

Il y a quelques semaines, sur France Culture -oui ça fait légèrement bobo et intello comme choix de radio- Olivier Christin, historien, ancien président de l’Université Lyon II et proche du défunt sociologue P. Bourdieu, admettait un constat qui s’impose à tous : il y a un fort taux d’échec en première année de fac. Il préconisait une année de « remise à niveau » pour permettre à certains étudiants de se faire aux exigences nouvelles de l’université où les bacheliers de juillet sont versés en septembre dans un océan soudain d’autonomie. Quand on est bourdieusien, on ne peut décemment pas être pour la sélection à l’université.

A la fac, fini le professeur de mathématiques ou d’histoire-géographie qui vient derrière votre épaule vérifier que vous avez bien fait l’exercice 2 page 165 du manuel. L’étudiant a son postérieur posé dans un amphi avec 350 camarades autour de lui, écoutant le savoir d’un Docteur et agrégé souvent ravi de ne pas enseigner en collège ou lycée. En Travaux Dirigés, on lui donne un sujet d’exposé sans bien souvent lui donner les clefs méthodologiques pour « réussir ». Ben oui, à l’université, finit ce que certains nommeront « l’assistanat » des enseignants du second degré. Vous êtes grands. Deux solutions vous sont « proposées » : la première : prendre le train. La seconde : dégager du train. La sélection vise en réalité à ne pas faire prendre le train à ceux que l’on juge -sur quels critères?- « inaptes ». L’enseignement dans le primaire, le secondaire a-t-il la mission d’ « intégrer » et celui de l’université le privilège de « dégager » ? Mais au fait, l’enseignement c’est quoi ?

Définition -non exhaustive- de l’enseignement

Tout prof qui œuvre pour l’émancipation des élèves doit pourtant se méfier des discours des adolescents du type : « non mais moi vous savez, je suis différent, je ne rentre dans aucune case, je suis hors cadre ». L’enseignement, c’est évident, c’est d’abord transmettre mais c’est aussi tout un processus qui doit pourtant viser à donner un cadre, qu’il soit méthodologique ou intellectuel, en expliquant que pour « réussir » -terme qu’il conviendrait d’expliquer- il faut savoir sortir du cadre pour pouvoir ensuite y retourner.

Évidemment, tout le charme de l’enseignement, c’est probablement de ne pas exposer les choses ainsi aux élèves mais de le faire par les actes… et d’y arriver. Le tout en mettant en place une nécessaire différenciation pédagogique du fait des différences normales et légitimes entre élèves.

La nécessité d’ « apprendre à apprendre »

Un constat s’impose : en plus des inégalités sociales et d’accès à la « culture », on se rend vite compte, face à une classe, que certains élèves sont plus intuitifs que d’autres pour répondre aux attendus méthodologiques demandés. Il est finalement facile de dispenser des savoirs mais il est bien plus complexe d’apprendre aux élèves à les maîtriser, à les dominer et à en faire des outils d’émancipation (1) . 30 ou 35 élèves ne forment pas toujours (souvent) un groupe homogène. Les rythmes d’assimilation sont fatalement différents et les réponses apportées par les enseignants doivent prendre en compte cet état de fait.

Pour réduire une partie des inégalités, il est donc nécessaire d’ « apprendre à apprendre » en faisant du cahier, du manuel, du groupe classe, des outils pour construire et faire, parfois seul, parfois avec les autres. Cela doit se passer d’abord dans la cadre scolaire afin de ne pas faire des « compétences » familiales -c’est à dire extérieures à l’institution (2)– l’élément de la « réussite ». Les évaluations qui ne doivent être que des étapes dans le vaste processus général et non des couperets guillotinant le groupe classe en « bons » et « mauvais ». « Échouer » n’est pas grave, encore faut-il ne pas faire de l’erreur une forme de point de non retour.

(Re)donner le droit à l’erreur

Une des choses récentes qui m’a la plus effarée c’est de voir que ce droit à l’échec était davantage porté en septembre dernier par les intervenants à l’Université Dijonnaise du MEDEF. Une partie du patronat a intégré le droit à l’échec comme une étape possible dans un plus vaste chemin. S’il ne faut pas voir l’Education nationale comme un « mammouth » fait d’un seul bloc, force est de constater que la peur de se tromper annihile trop souvent l’élan et la participation potentielle d’un ou d’une élève. Faire, faire mal, échouer, comprendre, faire mieux, faire encore mieux.

« Faire comprendre pourquoi il y a eu erreur » est l’autre point fondamental de l’enseignement. Le système actuel permet-il de prendre ce temps ? Et surtout, le système permet-il aux milliers d’implications et de volontés d’enseignants de s’inscrire dans un cadre général cohérent, évitant l’écueil de la moulinette de la première année universitaire ?

L’école ne peut pas tout régler

Ce que l’on nomme « l’échec scolaire » est multifactoriel avec une prégnance importante du contexte social. La précarité professionnelle et sociale qui touche de plus en plus les familles empêche une « sérénité d’existence » qui ne favorise pas, en classe, les apprentissages. Un grand nombre de leviers à modifier sont donc hors du cadre de l’Education nationale… à qui l’on demande sans cesse plus en lui expliquant qu’elle fait de moins en moins bien à coup d’évaluation de test Pisa et consort. Vous allez-nous dire que nous sommes, par cet article, dans cette exacte suite. Selon-nous -et l’on peut en discuter-, ce n’est pas le cas. Notre idée est de sortir la notion de sélection de la seule bascule lycée-université en ayant biens conscience que si des choses sont à changer dans le système éducatif et dans la façon dont il est pensé, il convient aussi de faire évoluer d’urgence les paradigmes de notre société de consommation où la réussite n’est très souvent pas l’émancipation de l’être humain mais sa capacité à posséder une Rolex.

Suite de nos réflexions demain ; )

Le collectif dijon-actu.fr

(1)  Ce passage pourrait être une forme de définition, certes très incomplète -donc imparfaite- de la notion si floue de « réussite ».

(2) Dans ces compétences, il y a d’une part le bagage culturel familial qui dans un système de sélection permet de « préparer », parfois très tôt, son enfant au processus de tri qui va, avec les réformes, s’intensifier. Autres « compétences », celle qui sont financières et permettent les cours particuliers. Acadomia n’a cessé de gagner en célébrité ces dernières années, se proposant comme une alternative, une aide… qui coûte aux parents et rétribue peu celles et ceux qui donnent les cours.  « A partie de 18 euros » pour une heure soit  » 34,50 € avant crédit d’impôts de 50%« . Un vrai marketing est mis en place. Même dans l’ « enseignement », des intermédiaires s’engraissent et sont côtés en bourse. Entre 10 et 20 euros de l’heure pour la personne qui fait cours… Il y a quelques années, un spot de pub radio expliquait « que l’élève rencontrait des difficultés en géographie car il ne savait pas localiser les fleuves ». Tout enseignant en Géo vous dira que la moelle de sa matière ne se réduit pas à ce type de compétence puisque savoir placer la Saône sur une carte n’est en rien l’alpha et l’oméga de la compréhension de l’espace et de son aménagement par les sociétés humaines.

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