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Pourquoi nous sommes contre la sélection à l’Université 2/2

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Suite de notre réflexion qui, rappelons-le, n’a pas pour but de reprendre les arguments avancés par les militant-e-s dijonnais-es anti loi sur l’Orientation et la Réussite des Etudiants (ORE). Notre idée était d’aborder le « problème » de façon plus globale. Après avoir tenté hier de définir brièvement ce qu’était pour nous l’enseignement puis d’avoir mis en avant la nécessité de donner les clefs aux élèves pour apprendre à apprendre en leur redonnant aussi le droit à l’erreur, poursuivons nos questionnements.

La nécessité de construire une chaîne cohérente en conservant -bien sûr- la liberté pédagogique

« C’est la faute de l’autre ». « Mais qu’avez-vous fait l’an passé au collège », dixit des enseignants du lycée. On pourrait décliner cela pour tous les niveaux. Les problèmes sont la faute des « mauvais ouvriers de l’enseignement » rencontrés tout au long du cursus. Et en cerise sur la gâteau, ce peut être l’enseignant en université qui récuse en globalité l’investissement des profs des écoles et du secondaire. Il est évident qu’en rejetant de façon pavlovienne la « faute » sur ses prédécesseurs, il semble difficile de construire pour aller de l’avant.

C’est un des défis majeurs du système éducatif français : construire une chaîne pertinente, une colonne vertébrale qui permet à tous les élèves de s’y retrouver c’est à dire de se repérer pour construire au fur et à mesure leur autonomie pour que l’entrée à l’université ne représente plus ce « grand saut » vers l’inconnu mais soit au contraire un simple prolongement, une suite logique.

Cette « colonne vertébrale » ne doit en aucun cas remettre en cause la liberté pédagogique des enseignants, cœur du métier. A l’époque d’un ministre Blanquer old school et  fortement déphasé  c’est même cela qui permet l’innovation, la recherche du mieux apprendre et du mieux être des élèves. Émanciper l’apprenant c’est ne pas l’infantiliser. Il est fondamental de ne pas caporaliser celles et ceux qui doivent œuvrer pour une forme de libération. Question, finalement ici aussi, de cohérence de l’ensemble. Il est d’ailleurs très surprenant de voir lors de la formations des futur-e-s enseignant-e-s l peu -ou prou- de place accordées aux pédagogies dites « alternatives » qui portent ce qualificatif car elle ne sont justement pas travaillées lors du cursus de formation.

L’autonomie des établissements : dispositif non pertinent

A Dijon comme ailleurs dans notre beau pays, le site du rectorat indique un poste magique : « Directrice des établissements et de la performance ». Le « bruissant vocabulaire du nouveau temps » pour paraphraser l’écrivain Robert Musil. Les chefs d’établissements reçoivent, dans cette logique, des primes. Malgré nos recherches, nous n’avons pas pas encore trouvé d’enseignant nous expliquant être tombé sur un ou une chef-fe « n’en ayant rien à faire de sa prime  de performance ». L’argent semble caporaliser les chef-fes. Les ministres voire les inspecteurs caporalisent les enseignants… qui doivent eux, émanciper les élèves… Cocasse… (1)

La sainte concurrence est mise ne place entre les établissements sous prétexte d’autonomie qui ici n’a rien de positive pour les élèves. Disons aussi que les enseignants n’ont pas profité de cette erreur pour prendre en main cette autonomie en imposant un rapport de force avec leur hiérarchie pour proposer leurs idées. La France coupe la tête de ses monarques mais au fond aime la hiérarchie qui guide. C’est tellement plus facile de suivre ce qu’on nous dit de faire.

Les tracts des différents organisations syndicales regorgent d’arguments contre ce qui est finalement l’autonomie des chefs d’établissements. Mais dans les faits, les effectifs professoraux -loin d’être tous des militants- n’ont pas fait bloc et ont laissé faire. Suivre le vent des chefs éviterait-il de ramer? Pas sûr. L’autonomie des établissements, c’est l’inexistence de la colonne vertébrale indispensable pour la cohérence de l’éducation, de la maternelle au supérieur.

Conclusion : la sélection, la solution de facilité mais l’espoir demeure

Tout système sélectif amène l’établissement d’une stratégie qui dépend largement du cadre familial qui connaît -ou pas- ce qu’il faut faire pour passer les sas sélectif. Ou est l’équité là dedans ?

La ministre Vidal parle d’une « sélection par l’échec ». C’est vrai puisque selon nous, tout n’est pas fait en amont pour que cela se passe autrement. Plutôt que de réfléchir sur l’ensemble du processus, on impose une filet, un tamis pour séparer « le bon grain de l’ivraie ».

Il est évident que pour infléchir ce triste processus, vu qui plus est -hélas- comme légitime par une partie de l’opinion publique, il faut dans le primaire et le secondaire une levée généralisée de la part des enseignant-e-s puisque selon nous, la question de la sélection à l’université est aussi l’affaire des « instits » de la maternelle aux profs agrégés des lycées… et des universitaires qui ne peuvent décemment pas se contenter de signer des tribunes dans les quotidiens nationaux. (2)

Camus disait que les « héros sont celles eu ceux qui font ce qu’ils peuvent ». Dans une classe, on peut déjà beaucoup. Dans une classe on peut mettre en ouvre ses innovations. Pour changer le rapport au savoir, pour changer la relation que l’on a avec les parents d’élèves, nul besoin d’en référer à son chef. Les possibles sont déjà inventé et permis par des cohortes d’enseignant-e-s au dévouement admirable. Gageons qu’à l’avenir ces initiatives soient agrégées pour changer en profondeur l’ensemble.

Il faut disons-le aussi, supprimer les pesanteurs de certains fonctionnements syndicalo-syndicaux. Nous reviendrons demain sur cette question en donnant la parole à Sud Education Bourgogne qui, contrairement à d’autres organisations, ont eu la gentillesse de répondre à nos petites questions.

Le collectif dijon-actu.fr

(1) : Il est par exemple surprenant qu’on mette à la tête des Académies qui ont la « gestion » et en partie l’ »organisation » de l’enseignement secondaire d’abord des personnalités qui ont très peu voir jamais eu d’élèves de primaire ou du secondaire face à eux… Pour notre académie, il y eut Sylvie Faucheux dont la carrière ne fut qu’universitaire. Denis Rolland, son successeur, est passé un temps par le secondaire au contraire de la rectrice actuelle, Frédérique Alexandre-Bailly qui a enseigné à l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris. Il ne s’agit pas de remettre en cause les personnes mais de simplement montrer comment le système général est pensé.

(2) : Notons qu’à Dijon les AG rassemblent aussi des enseignants et des personnels. Ces derniers sont fatalement moins nombreux que les étudiants. Mais peut-être pourraient-ils être plus ?

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