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Un échange avec le syndicat Sud Education Bourgogne

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Le 3 mai dernier était en théorie prévue une journée d’action dans l’Education nationale répondant à un appel de trois organisations syndicales : le SNES-SUIPP, la CGT Educ’action et Sud Education. Nous avons contacté les trois organisations. Seul le syndicat Sud Education Bourgogne, via ses militant-e-s dijonnais-es, nous a répondu. Avant de vous laisser découvrir l’interview, précisons que ce dernier a été réalisé avant la publication de nos deux articles expliquant pourquoi nous étions défavorables à la sélection à l’entrée de l’université. Bonne lecture 😉 

Dijon-actu.fr : Quelles sont les raisons expliquant l’absence d’action le 3 mai dernier à Dijon ?

Sud Education Bourgogne :  » L’appel pour le 3 mai émanait des syndicats Sud Education et Educ’action (CGT), qui demeurent minoritaires dans l’Education nationale. L’intersyndicale est au point mort dans le département, et des syndicats comme le SNUIPP (FSU) se sont clairement positionné pour n’appeler qu’à la journée d’action Fonction publique du 22 mai. Cette stratégie d’appeler à la mobilisation saute-mouton mensuelle vise à répondre aux mécontentement et au sentiment de mépris et de délaissement ressentis par les collègues, mais sans réelle ambition de créer un rapport de force avec le Ministère. Ce sont bien les élections professionnelles sont en ligne de mire. Par ailleurs, il ne faut pas se voiler la face, il est difficile de mobiliser les collègues. Le sentiment d’impuissance domine. Comme le disait Sarkozy à l’époque de son règne, « désormais, quand il y a une grève en France, on ne s’en aperçoit pas ». Rodomontade certes, mais c’est bien une forme de fatalisme qui s’est installée« .

Dijon-actu.fr : Quelle est la température au niveau de l’ensemble des personnels de l’Education nationale sur les luttes à mener ? L’adhésion à une organisation n’est hélas pas toujours synonyme d’investissement sur les questions qui touchent l’éducation. Peut-on espérer un mouvement d’ampleur ou les actions et manifestations vont-elles mener par le « monde militant très investi » ?

Sud Education Bourgogne :  » Nul n’est devin, mais on constate à chaque discussion que désillusion et colère dominent dans les propos des collègues, qu’ils soient enseignants, AED, AESH ou agents. Le ras-le-bol est réel et bien ancré, mais pour revenir à la question de la perspective d’un mouvement d’ampleur, il semble encore bien lointain. Les mobilisations des collègues ont été fortes en ce début d’année quand le rectorat a présenté les DHG (dotations horaires globales par établissement) que ce soit à Hippo, à Montchap, au Castel…. Sur les problèmes de « climat scolaire », des mobilisations ont aussi uni les collègues sur des situations d’établissement pour réclamer les postes nécessaires à l’encadrement des élèves.

Deux AG inter-établissements se sont aussi déroulées sur Dijon en ce début d’année. Une initiative qui n’avait plus existé depuis des années en Côte-d’Or. Malheureusement, les initiatives prises sont restées limitées à des communiqués, le travail de conviction et de coalisation ne reposant que sur 30 à 40 personnes« .

Dijon-actu.frLa prochaine date importante est fixée au 22 mai. Quels espoirs avez-vous ? Un rassemblement avant la manifestation devant le Rectorat est-il prévu ?

Sud Education Bourgogne : « Le 22 mai sera une date de mobilisation englobant toutes les luttes de la Fonction publique. Partout, les politiques austéritaires dégradent les conditions de travail des salariés et d’accueil des usagers, la remise en cause des statuts qui pointe son nez aggravera encore la précarisation au sein de la Fonction publique. Cette fois si, l’appel des syndicats de l’EN sera large et très majoritaire. Même l’UNSA a fini par le rallier sous la pression de ses militant-es. Cette mobilisation sera clef pour mesurer notre capacité à mobiliser les collègues. Il sera central de réussir à faire tomber les faux-semblants des discours ministériels. Par exemple, en maternelle, les « assises de la maternelle » ou l’annonce de l’obligation de scolariser les enfants dès 3 ans peuvent apparaître comme positive, mais ces assises se sont une fois de plus faites sans les principaux (principales le plus souvent) intéressés, les enseignants ou les ADSEM, et l’école obligatoire dès 3 ans, déjà largement une réalité, sert de paravent à la volonté gouvernementale de déléguer peu à peu l’éducation des plus jeunes enfants au privé ou aux collectivités territoriales. Pour répondre à la dernière partie de votre question, à ce jour, il n’y a pas encore eu d’intersyndicale pour coordonner un action précédant la manifestation, au rectorat par exemple. Il serait pourtant nécessaire de s’inspirer de ce qui peut se faire à l’université de Bourgogne-Franche-Comté depuis la dernière rentrée ».

Dijon-actu.frUn « front » primaire-secondaire-supérieur peut-il se constituer ?

Sud Education Bourgogne :  » Pour Sud Education Bourgogne, la réponse à cette question est évidente. L’Education nationale est un tout. L’ensemble de la communauté éducative travaille de concert dans notre syndicat : enseignants de la maternelle à l’université, AESH, AED, mais aussi agents. Les injonctions ministérielles vont toutes dans le même sens, « faire aussi bien avec moins » ; développer la concurrence pour l’accès aux moyens (sous couvert d’autonomie) entre les collègues, le primaire, le secondaire, le professionnel et l’université, les établissements ; le recours de plus en plus fréquent aux contrats précaires… Des ponts commencent par ailleurs à se tisser entre le supérieur (l’université) et les lycées. Des initiatives de la dernière assemblée générale rassemblant étudiant-es et syndicats de salariés à l’UB-FC sont allées dans ce sens. Des tractages ont commencé à la sortie des lycée pour informer et appeler à la mobilisation contre la sélection généralisée à l’université et l’illusion salvatrice de la plateforme Parcoursup. C’est un premier pas. Nous avons tout intérêt à nous en inspirer, même si de vrais frontières existent entre ces différentes « strates éducatives » « .

Dijon-actu.frQu’en est-il des liens avec les lycéens et étudiants dijonnais qui luttent contre la sélection qui participe à une philosophie touchant également le secondaire ?

Sud Education Bourgogne :  » Comme évoqué dans la question précédente, sur Dijon pour le moment, ces liens en sont à leurs balbutiements. Nous devons travailler à les encourager et les consolider, c’est une grande responsabilité des syndicats de salariés de l’Education nationale. Pour autant, il faut être réaliste, les campus universitaires vont se vider car nous sommes en pleine période de partielles de fin d’année et les terminales, les premiers concernés par Parcoursup, entrent dans la dernière ligne droite de préparation du baccalauréat. Mais le travail commencé doit porter ses fruits à la rentrée 2018, d’autant plus que nous pourrons concrètement démontrer que cette réforme ne résout en rien le manque d’investissements dans le supérieur. Par ailleurs, dès le 22 mai, les réponses des établissements de l’enseignement supérieur doivent redescendre dans les lycées. Les estimations les plus « optimistes » tablent sur 1/8 d’élèves sans aucune réponse positive sur leurs dix vœux. L’insécurisation alimentera angoisse et colère chez les futur-es étudiant-es ainsi que chez leurs parents. De ces expériences individuelles pourra naître une prise de conscience large propre à unir parents, élèves et communauté éducative derrière des revendications concrètes, et en premier lieu celle des moyens alloués à l’éducation dans ce pays « .

Dijon-actu.fr : Les précaires de l’Education nationale sont-ils une force potentielle ? Se sentent-ils concernés par les luttes que vous menez ?

Sud Education Bourgogne :  » Les précaires de l’Education nationale sont légions : AESH, enseignant-es contractuel-les, AED…. Un personnel sur 4 est précaire, peu de gens le savent. Mais il est souvent difficile pour elles-eux de se mobiliser d’abord pour des raisons financières : les AESH, par exemple, ont des temps très partiels imposés, et vivre avec 650 euros par mois ne laisse guère de marge de manœuvre sans un soutien pécuniaire de la part de l’ensemble des collègues via des caisses de grève. La pression hiérarchique est une autre contrainte, la reconduction ou non des contrats est souvent mis plus ou moins directement dans la balance pour « faire réfléchir ». Les méthodes de management issues du secteur privé se développent et jouent sur deux cordes psychologiques : l’infantilisation et la culpabilisation des collègues. Enfin, bien qu’il existe des collectifs de précaires ou des syndicats comme Sud Education qui travaillent à aider les collègues à s’organiser et à se former pour faire appliquer leurs droits et en conquérir de nouveaux, l’isolement demeure un obstacle à cette coalition. Enfin, il ne faut pas nier qu’il existe trop souvent des frontières d’incompréhension entre titulaires et non-titulaires enseignant-es, entre AESH et certain-es enseignant-es, etc... »

Propos recueillis par le collectif dijon-actu.fr

 

Site internet : http://sudeducbourgogne.org/

Adresse mail : sudeducbourgogne@yahoo.fr

Contact téléphonique Côte d’Or :

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